Voici une lettre que Wilhelm Reich a reçu d'une correspondante à l'époque de SEXPOL (vers 1925) :
"J'admets que pour nous autres travailleurs, la seule issue de la misère présente est
le socialisme. Mais il doit respecter certaines limites et ne pas rejeter comme mauvais et inutile tout ce qui a été réalisé jusqu'ici. Sinon il conduira à un relâchement des valeurs qui serait beaucoup plus atroce que la misère matérielle actuelle. Malheureusement, le socialisme s'attaque à un idéal très noble et très important :
le mariage. On essaye dans ce domaine la liberté totale, la licence absolue, en quelque sorte le bolchevisme sexuel.
Chacun aura le droit de se laisser aller, sans la moindre contrainte, sans la moindre modération. Il n'y aura plus d'union entre l'homme et la femme, on vivra aujourd'hui avec l'un, demain avec l'autre, au gré des caprices.
Cela au nom de la liberté, amour libre, nouvelle morale sexuelle. Mais ces beaux mots ne
sauraient nous tromper sur les grands dangers qu'ils cachent.
Les sentiments les plus sublimes, les plus nobles, l'amour, la fidélité, le don de soi sont ainsi salis. Il est impossible, il est contraire à la nature qu'un homme ou une femme puisse aimer à la fois plusieurs personnes. La conséquence serait l'abrutissement général, la destruction de la culture.
Je ne sais pas comment les choses se passent en URSS, mais ou bien les Russes sont des êtres d'un genre particulier, ou ils n'ont pas autorisé toutes les libertés, et il y a aussi certaines contraintes... Si attirantes que soient les théories socialistes, si convaincantes que me paraissent vos vues économiques, en matière sexuelle je ne vous suis pas et je me sens parfois prise de doute sur toute la chose."
Nous nous sommes permis de reproduire l'intégrale de cette lettre, car aujourd'hui encore, les "contraintes" exceptées, c'est très souvent le même discours auquel nous avons à faire face, quasiment à la virgule près, et notamment depuis
1992 et le retour de la morale sexuelle-répressive.
La réponse de Wilhelm Reich est très succincte mais parfaitement explicite :
"On oppose à la morale sexuelle de contrainte, l'anarchie* sexuelle. On veut ignorer la régulation économico-sexuelle de la vie sexuelle, qui est aussi éloignée de la morale de contrainte que de l'anarchie*."
* Les véritables anarchistes voudront bien excuser l'emploi ici de ce terme dans son sens vulgaire.
puisque c'est l'exemple incriminé, on est passé là aussi d'un extrême à l'autre : de l'anarchie sexuelle de l'époque
Trotski à une réaction à peine moindre que du temps des popes, sous l'ancien séminariste Staline.
Citons quelques exemples des débuts de l'URSS :
Voici le code moral de Smidovitch :
1. Chaque étudiant de la faculté ouvrière, même s'il est mineur, a le droit et le devoir de satisfaire ses besoins sexuels.
2. Lorsqu'un homme désire une jeune fille, qu'elle soit étudiante, ouvrière ou même écolière, elle est tenue de se plier à ce désir, faute de quoi elle sera considérée comme une fille bourgeoise et non comme une communiste authentique.
Dans la Pravda de 1919, on trouve : " Entre l'homme et la femme, il n'y a chez nous que des relations sexuelles, nous ne connaissons pas l'amour, l'amour est méprisable comme tout ce qui relève du "psychologisme", la seule chose qui existe chez nous, c'est la psychologie."
Citons encore pour la fine bouche, les propositions d'un soviet pendant la Révolution
(dans Psychologie de masse du fascisme p.170 de la réédition
Payot, 2001):
( Wilhelm Reich laisse entendre qu'il s'agirait d'un faux, mais le Dr. Mikhaïl Stern cite le même texte et affirme le contraire (in
La vie sexuelle en URSS, Albin Michel, 1979). Il précise même qu'il s'agit du soviet de Vladimir. Il cite aussi A.G. Khartchev qui rajoute que le soviet de Saratov adopta aussi le même texte (in
Le mariage et la famille en URSS, Moscou, 1964) voir note)
1. Le droit de propriété sur les femmes entre 17 et 32 ans est supprimé
2. Toutes les femmes seront la propriété du Peuple
3. Ceux qui étaient propriétaires jusqu'ici conservent, en dehors de leur tour, le droit sur leur femme
4. Tout homme qui veut se servir d'un exemplaire du Bien du Peuple à besoin d'une autorisation du Comité des Travailleurs
5. Aucun homme n'aura le droit d'accaparer une femme plus de 3 fois par semaine et plus de 3 heures d'affilé
6. Chacun est tenu de dénoncer les femmes qui se refusent
7. Tout homme n'appartenant pas à la classe ouvrière doit payer 100 roubles par mois pour avoir le droit de se servir de ce Bien du Peuple
Réaction de Wilhelm Reich : "Aux termes de cette théorie communiste, chaque femme et chaque jeune fille est obligée de satisfaire l'instinct sexuel de l'homme. Comme la bonne volonté de la part des femmes fait parfois défaut, le viol est devenu en URSS, un véritable fléau."
Nous rajoutons et observons que les pédophiles se sont lâchés aussi.
Et Wilhelm Reich de conclure :
"Si l'on considère les possibilités nombreuses qui s'ouvraient à une politique sexuelle révolutionnaire conséquente, on peut dire que
la politique sexuelle du mouvement révolutionnaire a été jusqu'ici un échec : cet échec est dû au fait qu'il n'a pas su opposer des armes efficaces aux tentatives couronnées de succès de la réaction pour mettre à son service les forces de refoulement sexuel agissant dans l'homme.
[... la réaction] sait exploiter avec astuce l'angoisse sexuelle des femmes et de la jeunesse féminine : elle a crée un lien habile entre ses objectifs démographiques et les inhibitions morales de la population, et ceci dans tous les milieux."
Toutes les citations précédentes de Wilhelm Reich sont tirées de "Psychologie de masse du fascisme".
Est-il besoin de rajouter quelque-chose ? Toute la question qui se pose est de savoir si, face
à l'esprit réactionnaire grandissant, aux intégrismes religieux intolérants, la gauche et la mouvance alter-mondialisme
vont être capables de s'y opposer, notamment à l'aide de nos idées, au lieu de fayoter pour des raisons bassement
électoralistes et démagogiques, vis à vis des intégrismes en question.
C'est quand même incroyable de voir des femmes voilées aux fêtes de Presles (Lutte Ouvrière) et de la Courneuve (Parti Communiste Français) chez des
athées (le sont-ils encore ?) qui dans les années d'avant Le Pen, bouffaient du cureton à tours de bras.
Mais n'est-ce pas justement du fait de la percée de Le Pen ? La religion de beaucoup d'immigrés étant l'Islam... parmi eux des intégristes...
Nous pensons que face à la démagogie frontiste, ce serait la pire erreur, et faire le jeu du borgne, que de répondre par une démagogie encore plus débile puisqu'elle consiste à renier ses positions passées, et à reprendre ces comportements orwelliens de retournement de veste de l'époque du "pacte germano-soviétique."
Il ne faut pas faire de la lutte contre l'incitation à la haine raciale une l'incitation au vote Le Pen ; car si cette gauche-là continue comme cela, noeil-noeil pourrait bien faire encore mieux la prochaine fois.
Et c'est là que l'on voit à quel point Wilhelm Reich est toujours d'actualité, car Le Pen soutient les intégristes musulmans (qui sont comme par hasard les seuls à ne jamais l'attaquer), alors que la majorité de ses électeurs votent pour lui croyant qu'il est contre.
Cela ne rappelle-t-il pas la thèse de Wilhelm Reich où le peuple, malgré son désir de libération, vote pour la réaction et cela face à un discours de gauche à la fois laxiste (face à la délinquance sexuelle, au sexisme, aux agressions du patronat, au mondialisme, à l'humour "beauf" de gauche [anti-blondes] qui n' a rien à envier à l'humour "beauf" de droite [anti-portugaises]) et réactionnaire
(tolérant envers les intégrismes,
le voile, présent même aux fêtes de Presles et de La Courneuve [LO et PCF
respectivement]). Surtout lorsque l'on sait, depuis Reich justement, que la délinquance sexuelle est le résultat de la réaction sexuelle inhibitrice.
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Note :
Le Dr. Mikhaïl Stern cite aussi Alexandra Kollontaï, féministe et dirigeante du PCUS (la seule d'importance que l'URSS ait jamais eu):
"Pour moi, l'activité sexuelle est un simple besoin physique. Je change mes amants selon mon humeur. En ce moment, je suis enceinte, mais je ne sais pas qui est le père de mon futur enfant ; cela m'est indifférent."
C'est du moins ce qu'elle fait dire à l'héroïne de son roman, L'Amour des 3 générations.
L'analyse de Stern rejoint d'ailleurs celle de Reich. Il cite le cas d'une conférence en URSS des années 20, sur la sexualité :
Question d'un membre du public : "Camarade conférencier ! Si quelqu'un se marie, sa femme doit-elle appartenir à lui seul ou à tout le monde ?"
Commentaire de Stern : " " Appartenir" : le brave garçon en bon vieux phallocrate, ne doute pas un seul instant que la femme soit une propriété. Le problème est de savoir pour celui qui veut de mettre à l'heure collectiviste si cette propriété est individuelle ou collective."
Entre les extrêmes de la "socialisation des femmes" d'une part, et la répression sexuelle du stalinisme d'autre part, laissons le mot de la fin à Alexandra Kollontaï : "La jalousie appartient au passé. Nous bannissons le sentiment de la propriété de notre vie sentimentale. Lorsqu'on aspire à la liberté pour soi-même, il faut l'admettre chez son partenaire. Le vitriol et les calomnies haineuses font place à présent à une attitude délicate à l'égard des rivales : l'émotion qui naît d'une "camaraderie" collective, jusqu'à présent ignorée." (citée par Mikhaïl Stern.)