Certains continents ont connus la révolution néolithique agricole (Europe : blé,
orge, seigle ; Asie : riz, blé ; Amérique précolombienne : maïs, pomme de terre,
haricot, tomate), d’autre non, comme l’Afrique (sauf l’Egypte) et l’Océanie.
Pour l’Afrique sub-saharienne, c’est même un drame car elle ne l’a toujours pas
encore connue à l’heure actuelle.
Il faut savoir que l’agriculture est énormément plus rentable et plus productive
que l’élevage.
A titre d’exemple, un jardin de 100m2 mis en culture intensive fournis 80 % du
repas du soir en été et 20 % en hiver d’un couple de 2 personnes ; mais ce même
terrain en herbage serait bien insuffisant pour nourrir ne serait-ce qu’une
seule chèvre.
Un rapport de la FAO (Food and Alimentation Organisation) l’organisme de l’ONU
dont le siège est à Rome nous révèle ainsi alors que les superficies en terres
arables de l’Afrique et de l’Asie sont à peu près identiques, que la population
de l’Asie est environ 10 fois plus importante que celle de l’Afrique ; l’Asie
est autosuffisante à 98 % alors que l’Afrique ne l’est qu’à... 13 %.
Alors que les meilleures terres en Europe, Asie, Amérique sont réservées à
l’agriculture et les moins bonnes, à l’élevage ; pour ne pas avoir connu cette
révolution agricole, en Afrique c’est l’inverse ; on pratique l’élevage en
plaine et sur les plateaux et l’agriculture au Sahel.
En Afrique, l’éleveur nomade est considéré comme un homme libre ; alors que
l’agriculteur sédentaire, parce que rivé à sa terre, est considéré comme un
esclave.
Mais pourquoi n’en est-il pas de même en Europe, Asie et Amérique ?
Parce qu’un des aspects essentiels qui a rendu la Révolution agricole
Néolithique possible est la religion. Religions païennes bien sur, qui à partir
de l’astronomie a imposé l’agriculture.
1°) Parce que l’astronomie a permis de créer le calendrier nécessaire à la
fixation des dates des semailles et des récoltes.
2°) Parce que les dieux de l’astronomie (que l’on retrouvent dans les
constellations) ont remplacé les dieux des chasseurs-cueilleurs grâce à la
prospérité qu’apportait l’agriculture sur l’aléatoire des ressources de la
chasse et de la cueillette.
3°) En retour, la religion des agriculteurs a permis d’imposer certains outils
comme la roue (la svastika est l’une de ces formes). La roue va rendre la
charrue plus efficace. Elle va aussi permettre un accroissement des transports,
du commerce et des échanges. Plus tard, on la retrouve sur le char de guerre et
la religion fait remarquée l’ambivalence des choses, des outils : le Yin et le
Yang, l’outil constructeur qui peut devenir l’arme destructrice. Ainsi aussi la
double hache des minoens.
Mais la roue a du être précédée de l’animal de trait. Mais ils proviennent tous
de l’élevage et ce n’est que dans les civilisations à religions néolithiques, où
les agriculteurs sont dominants que nous verrons cela. En Afrique, où l’éleveur
domine, pas d’animal de trait disponible pour le malheureux agriculteur… et pas
de roue. C’est à la houe qu’il doit travailler la terre, avec le maigre
rendement que cela implique.
Lorsque les européens sont arrivés en Afrique, ils ont trouvés des tribus
d’agriculteurs animistes (païens) dominés et razziés par les tribus d’éleveurs
nomades musulmans. D’ailleurs les premières interventions colonialistes sont à
l’instigation des missionnaires afin de supprimer l’esclavage.
(Rappelons que les européens ont eux aussi pratiqué l’esclavage, le « trafic
triangulaire » ; mais en 1848 les européens l’abolissent et hypocritement le
reproche aux arabes moins d’une décennie plus tard)
Les missionnaires sont vite suivis des commerçants et des militaires.
Bien entendu, après avoir « libéré » l’Afrique de la calamité de l’esclavage,
ils transformèrent les anciens esclaves en sous-prolétariat et soumirent les
tribus nomades musulmanes.
Une administration locale apparue, appelée à prendre le pouvoir à
l’Indépendance, basée sur les tribus d’agriculteurs sédentaires animistes ou
devenus chrétiens.
Et c’est là que le drame de l’Afrique s’enclencha. Ce qui aurait pu être
l’occasion pour l’Afrique d’effectuer sa Révolution néolithique ne se fit pas.
Les agriculteurs devenus dominant durent abandonnés leurs cultures vivrières
pour les cultures d’exportations (cacao, café, caoutchouc, etc.) exigées par la
métropole.
A l’Indépendance, le néo-colonialisme fit que rien ne changea au début, mais
très vite les anciennes tribus d’éleveurs nomades formèrent des « Fronts de
Libération » avec l’aide de l’URSS de Khrouchtchev dans le cadre de sa politique
tiers-mondiste appuyé par la déclaration qu’il n’y a pas d’incompatibilité entre
l’Islam et le marxisme-léninisme (les populations musulmanes de l’Asie centrale
soviétique ayant connues les rigueurs de la lutte contre l’ « opium du peuple »
du temps de Staline apprécieront) (c’est toujours manifestement ce dogme qui est
en vigueur actuellement au PCF, mais cette fois-ci au nom de l’anti-lepénisme)
Cette déclaration a été confortée par les exégètes marxistes qui ont fait
remarquer que les troupeaux des nomades sont en propriété collective alors que
les terrains des agriculteurs sont en propriété privée.
Peu à peu les « mouvement de libération » se retrouvent au pouvoir et l’échec
économique du marxisme joint à la disparition de l’URSS amène le retour le
l’Islam avec l’islamisme politique comme facteur de domination des éleveurs
nomades sur les agriculteurs sédentaires.
De jeunes intellectuels africains ont bien essayé de trouver une solution et de
provoquer cette révolution agricole. Par exemple, faire passer progressivement
les populations de l’élevage nomade vers l’agriculture par l’intermédiaire de
l’élevage sédentaire. Ce dernier est composé par la volaille, élevage d’appoint,
mais surtout le porc. Malheureusement, l’Afrique n’a vraiment pas de chance !
L’Islam interdit le porc ; et l’Histoire nous apprends justement l’importance
qu’a eu cet animal au Mésolithique lors de la transition élevage-agriculture
vers le Néolithique.
Certaines populations, comme chez les slaves (et dans une moindre mesure
germains et celtes) où la terre est pauvre en agriculture ont conservé le porc
comme nourriture principale (il est intéressant de noter que les juifs de Russie
mangent du porc, sinon ils seraient morts de faim et ce sont ces juifs qui ont
ouverts les premières charcuteries en Israël)
Bob Geldorf, Axelle Red et Bono peuvent certes nous émouvoir et nous arracher
des larmes en nous montrant des petits noirs squelettiques et sous-alimentés, et
cela est effectivement déchirant, mais l'aide qui en est la conséquence ne sert
à rien si :
1°) L'Afrique ne fait pas sa révolution agricole sinon l'aide devra devenir
permanente.
La FAO elle-même reconnaît en outre le caractère vicieux de l'aide alimentaire
"gratuite" qui ruine par sa déloyale concurrence le paysan local, abandonne son
champ et va grossir la population des bidonvilles et des candidats à
l'émigration.
2°) Les religions qui s'opposent au Planning Familial ne sont pas abattues, ou à
tout le moins voient leurs influences réduites comme cela a été le cas dans les
pays développés et plus récemment la Chine. Le cas de ce dernier pays est tout à
fait remarquable car les dirigeants chinois ont enfin compris qu'il n'y aurait
jamais de développement si le pays doit traîner ce boulet d'une démographie
exponentielle, même avec une agriculture performante. Alors imaginez le cas
dramatique du Nigeria, qui atteint 200 millions d'habitants, majoritairement
éleveurs. (L'argent du pétrole sert à l'achat d'armes nécessaires à une armée
importante qui fournit d'important contingent à l'ONU et veut s'arroger en
puissance régionale.)
Autre aspects de la Révolution Néolithique, de l'agriculture et de la
sédentarisation qui en est la conséquence, la formation de villes.
D'abord foire commerciale pour échanger les produits de la terre, s'instaure la
fameuse division du travail (mais dans une population toujours sans classes
dominantes) et la formation d'un artisanat pour la fourniture d'un outillage
toujours plus perfectionné, de la fabrication d'habitations toujours plus
confortables, des meubles, des vêtements, etc...
Après l'apparition des classes dominantes, l'artisanat deviendra industrie.
Dans le cas de l'Afrique, à l'exception des cités de Tombouctou (Niger) et de
Monomotapa (Mozambique) crée en fonction du commerce avec les Arabes
(principalement des esclaves), on ne trouve aucunes villes à l'arrivée des
européens.
Celles qui sont créées, et qui sont toujours aujourd'hui les principales, sont
les ports qui des anciens comptoirs côtiers portugais, hollandais puis français,
anglais et enfin allemands et italiens.
Toutes les capitales des états devenus indépendants sont donc des ports, tournés
vers le commerce (café, cacao, caoutchouc, minerais, etc...) avec l'ancienne
métropole principalement et c'est là que l'on trouve, outre l'administration
centrale, un embryon d'industrie. Ce n'est pas un hasard si les pays les plus
pauvres, sont justement ceux qui n'ont pas d'accès à la mer (Mali, Niger, Tchad,
etc...).
Pas de révolution agricole, pas de villes de foire pour la redistribution des
richesses. Le pouvoir va essayer d'installer la capitale à l'intérieur des
terres suivant en cela l’exemple du Brésil qui a remplacé Rio de Janeiro par
Brasilia (Yaoundé remplace Douala au Cameroun, Yamoussoukro remplace Abidjan en
Côte d'Ivoire, etc...), mais l'industrie ne suit pas, l'administration se coupe
des forces vives, la capitale devient le terrain des luttes entre agriculteurs
et éleveurs, chrétiens-animistes et musulmans, libéraux et marxistes... et on
débouche sur la guerre civile ivoirienne. On a les même processus au Rwanda,
Soudan, etc... à quelques variantes près.
La guerre, les pillages, viols, déportations, exils de réfugiés, frappent
surtout les agriculteurs qui ne peuvent emportés leurs champs avec eux
contrairement aux éleveurs qui emmènent leur bétail.
Tout cela empêche et retarde la Révolution Néolithique.
On pourrait continuer longtemps encore la liste des calamités qui se sont
abattues et continuent de s'abattre sur ce malheureux continent. Mais tel n'est
pas l'objet de cet article qui a surtout pour objet de dénoncer ce qui empêche
l'Afrique de s'en sortir et qui sont les mêmes maux qui frappent le prolétariat
dans nos contrées depuis la Révolution Industrielle :
1°) L'hypocrisie bourgeoise (coloniale puis néo-coloniale) qu'elle se drape dans
la défense de la démocratie (du libéralisme) ou qu'elle use de la dictature, du
militarisme, du fascisme face au marxisme.
En règle générale, la réponse bourgeoise au marxisme fut la dictature et devant
la menace islamiste grandissante, la réponse se veut la démocratie. Mais comme
on le voit en Côte d'Ivoire avec le "démocrate" Gbagbo, il n'y pas grande
différence entre démocratie et dictature. (comme l'Afrique reproduit et
caricature nos Systèmes, elle nous montre par là même que notre démocratie
n'est, ce nous autres savons, qu'une dictature déguisée)
2°) Les pestes religieuses qui empêchent le Planning Familial.
3°) La peste stalinienne et encore une des pestes religieuses, l'Islam en
l'occurrence, qui s'oppose à la Révolution agricole. Là où des fermes
collectives seront créées, se seront en fait des goulags.
Pour finir, rappelons qu'Axelle Red nous a avoué avoir eu bien peur en Afrique.
A un moment, elle s'est retrouvée entourée de menaçantes Kalachnikov, "Qu'est-ce
que tu viens faire ici ? De quoi te mêles-tu ? Retournes chez toi ! Occupe toi
de tes oignons ! Tu veux être l'Ingrid Bétancourt (otage) de l'Afrique ! etc..."
Eh oui, l'aide alimentaire est perçue par les anciens agriculteurs qu'elle a
ruinée et qui se sont engagés dans l'Armée pour fuir la misère autant que pour
combattre les Milices islamistes, comme une nouvelle forme de...
néo-colonialisme et les donneurs de leçons de morale blanc au discours simpliste
sont perçus comme ... ils le méritent. (et encore pire par les Milices)
Dernières nouvelles :
Nous venons d'avoir communication comme tout un chacun, par la presse, des
dernières prospectives en matière de démographie pour 2050. Elles estiment que
la population mondiale sera de 9 à 12 milliards d'habitants.
La répartition serait la suivante :
· Asie : 58 %
· Afrique : 22 %
· Amérique du Sud : 8 %
· Europe : 5 %
· Amérique du Nord : 4 %
· Reste du Monde : 3 %
En Asie, la Chine repassera sous la barre du milliard, par contre l'Inde fera le
chemin exactement inverse. Si l'on rajoute le Pakistan, le Bangladesh et le Sri
Lanka, les "Indes" vont plus que doubler la Chine. Les dernières famines en Inde
ont eu lieu en 1866 (Orissa), 1869 (Rajputana), 1876-78 (Madras et Bombay),
1899-00 (Provinces centrales et Unies), 1943. Il n'y en a pas eu depuis. Il y a
malheureusement de fortes chances pour voir cette calamité réapparaître.
La comparaison entre le chiffre de l'Amérique du Sud et celui de l'Afrique
corrobore notre analyse. Bien qu'il faut corriger ces chiffres (l'Amérique du
Sud n'est pas toute l'Amérique latine et l'Afrique comprend le Maghreb et le
Maqresh), on constate que l'Afrique sera 3 fois plus peuplée que l'Amérique du
Sud alors que :
1. L'Amérique du Sud a fait sa Révolution Néolithique agricole et pas l'Afrique
(et que tout laisse à penser que ce ne sera pas pour demain).
2. Bien qu'en Amérique du Sud demeurent (et vont probablement demeurer) les
problèmes liés à l'inégalité du partage des terres ; où une petite minorité
possède la majorité des terres, ce qui oblige les pauvres à aller déboiser
l'Amazonie (ce qui n'empêche pas les riches d'aller aussi y prendre leur part).
Et cela ne suffit pas à donner de la terre à tous ; alors inutile de dire
l'énormité de la catastrophe qui est en train de tomber sur le dos de l'Afrique.
Ce que dénonce le Live 8 nous apparaît à la lumière de ces chiffres, comme
n'étant qu'un commencement, du pipi de chat par rapport à ce qui risque fort de
survenir si l'on continu de refuser de nous écouter et de nous prendre au
sérieux.